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27/05/2026

Des racines du temps aux fruits de l’avenir

Claude de Villenfagne de Vogelsanck est père de 9 enfants, grand-père de 29 petits-enfants. Dokter in de Rechten, Licencié en Sciences Economiques Pures et assistant du professeur Dupriez, il devient directeur général de la banque d’épargne Anhyp jusqu’en 1997. Il crée son entreprise de consultance et un modèle de développement d’entreprise. Après avoir contribué à la création de l’IFFD (Institution For Family Development), devenu le conseiller des Nations Unies, il contribue à la création d’une école qui compte actuellement 440 élèves.

Philippe de Potesta : Pouvez-vous nous parler des valeurs importantes à transmettre à nos petits-enfants et y a-t-il des moments ou des activités propices pour aborder certaines transmissions ?

Il revient aux parents d’éduquer leurs enfants en matière physique (exercices), intellectuelle (instruction) et spirituelle (développement de la volonté, apprendre à aimer) en vue de pouvoir choisir librement le bien et le beau dans la vie qui les attend. Dotés d’un bagage instinctif d’accompagnement de leurs enfants dans leur croissance, les parents peuvent cependant être pris de court s’ils ne complètent pas cet accompagnement par une formation approfondie et une aide éventuelle dans les différents domaines d’éducation. Il s’agit de relais qu’ils choisissent et sur lesquels ils peuvent s’appuyer : professeurs, médecins, éducateurs, etc.

Les grands-parents peuvent servir de relais car ils sont moins impliqués dans la vie de tous les jours, à condition cependant de s’accorder avec les parents et de transmettre des valeurs en connaissance de cause.

Effectivement, si les valeurs à transmettre sont connues le moment et la façon de s’y prendre le sont moins.

Il importe de connaître les tempéraments des enfants auxquels on s’adresse (tempérament primaire ou secondaire) et de savoir que l’apprentissage de certaines vertus est lié à un âge défini et à certaines méthodes.

Apprendre l’ordre à un enfant se fera aux environs de deux ans en lui faisant ranger ses jouets le soir d’une certaine façon pendant quelques semaines. Une grand-mère patiente pourra y contribuer !

Autre exemple : entre 7 et 11 ans, l’enfant aime être généreux, rendre service, aider. Lui en faire prendre l’habitude facilitera son passage à l’adolescence car son souci de l’autre compensera sa tendance à ne s’occuper que de lui-même.

Sans vouloir énumérer toutes les valeurs à transmettre, il en est quelques-unes qui entraînent les autres :

Développer la volonté ou apprendre à aimer, s’aimer, aimer l’autre, aimer apprendre, aimer l’effort pour atteindre un objectif concret.

Développer la générosité soutenue par la justice (donner à chacun ce qui lui revient), la prudence (utiliser les moyens adéquats à l’objectif poursuivi), la force (la persévérance dans la recherche du bien) et la tempérance (qui permet de dominer les attraits des addictions).

Comment les transmettre aux générations qui nous suivent ? Sans doute par l’exemple, car l’imitation permet de s’approprier le bien proposé. Mais aussi en créant des moments privilégiés.

Pendant plusieurs années, nous avons emmené entre six et dix petits-enfants, à partir de 12 ans, en voyage en France pendant une semaine, sans les parents. Nous leur donnons le programme d’avance et chacun prépare une visite ou une activité en concertation avec les participants du voyage.

En voyage nous convenons d’un horaire que tous respectent sans problème. Petit-déjeuner à 8 heures (au grand étonnement des parents), départ pour les activités culturelles à 8h30. Visite guidée d’un château de la Loire par ceux qui l’ont préparée, promenade à pied ou à vélo, à midi récitation de l’Angélus, courte prière pour remercier le Seigneur de tout ce que l’on reçoit, et pique-nique ; activités sportives l’après-midi. Dîner à l’hôtel. Pendant le dîner chacun prend la parole pour communiquer ce qu’il a apprécié le plus ; ensuite les auteurs de la préparation du lendemain exposent la ou les visites prévues. À ce moment chacun tire le nom d’une personne pour laquelle il aura des attentions particulières pendant la journée du lendemain, sans que la personne tirée ne le sache (jeu de la cacahuète). Ce jeu crée une atmosphère délicieuse du matin au soir.

Ainsi les différentes valeurs énoncées se transmettent par des actions consenties plutôt que par des grands discours. Quelques semaines après le voyage nous recevons un petit album de photos avec commentaires rédigés par nos petits-enfants, soulignant avec amusement les choses apprises.

Plus simplement, nous organisons des petites soirées de 19 à 21 heures, auxquelles participent les aînés des petits-enfants qui le désirent : dîner simple, chacun raconte les derniers petits événements, donne son avis concernant une attitude politique, l’entreprise dans laquelle il travaille, les aspects intéressants et plus difficiles de ses études. Nous pouvons encourager, commenter certaines manières de penser ou d’agir, émettre des appréciations et transmettre des expériences. Des moments de bonheur que l’on peut garder à l’esprit !