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31/08/2026

Out of the box : Quand l’école se réinvente autrement

Plutôt le gai savoir que la couette ? La Baronne Diane Hennebert et Pauline Berghmans, épouse du Baron Werner de Giey, dirigent Out of the Box, un atelier de pédagogie créative destiné aux jeunes en décrochage scolaire

Pouvez-vous décrire en quelques mots votre parcours ?

Diane travaille depuis longtemps dans le monde des arts, de l’architecture et du patrimoine, notamment pour la Fondation Boghossian où elle a monté et suivi des programmes pédagogiques en Arménie et au Liban. C’est dans ce contexte que l’écrivain et académicien Amin Malouf lui a recommandé de s’intéresser à la situation des jeunes en Belgique.

Diane a alors découvert une étude comparative des systèmes scolaires européens (2014), menée par Etienne Denoël pour McKinsey. Les chiffres indiqués pour la Belgique francophone l’ont sidérée : près de 30 % des élèves en décrochage scolaire — en incluant les jeunes en maladie de longue durée — et près de 35 % des cours qui dans le secondaire ne sont pas donnés, les enseignants étant absents parfois pour de longues périodes. Par ailleurs, les raisons du décrochage et les milieux sociaux ou culturels touchés par ce problème sont très multiples. Un véritable électrochoc.

En 2015, elle décide de réagir en créant une école pas comme les autres, un lieu où l’on réapprend à aimer apprendre, loin des méthodes traditionnelles. Son constat est simple : pour transmettre des savoirs et le goût d’apprendre, il faut donner aux jeunes confiance en eux dans un cadre bienveillant et de qualité, à travers des ateliers et des activités créatives, ludiques et porteuses de sens.

La crise du Covid n’a fait qu’accentuer le problème du décrochage scolaire. S’il touchait auparavant majoritairement les garçons de 16 à 18 ans (70 à 80 % des cas), il concerne désormais autant les filles. Et plus inquiétant : les jeunes décrochent de plus en plus tôt, souvent à partir de 12 – 13 ans.

Pauline, de son côté, vient du monde de l’enseignement. Après plusieurs années à Argenteuil, elle a rejoint Out of the Box il y a cinq ans avec l’envie de s’investir dans une structure plus flexible et dont les résultats sont reconnus. Depuis 2025, elle a pris la direction de l’école et s’y consacre pleinement.

Quel est le projet d’Out of the Box ?

L’ambition d’Out of the Box est de redonner le goût d’apprendre à des jeunes de tous horizons, quels que soient leur parcours ou leurs difficultés, en dehors d’un cadre scolaire classique. Mais pour les convaincre de quitter leur couette le matin, il convient de leur proposer un programme attrayant, joyeux et stimulant. C’est ce qu’on appelle le gai savoir à Out of the Box.

Si Out of the Box mise sur l’importance de la qualité (équipements, encadrement, repas, activités, visites et rencontres), toute visée élitiste est ici refusée. En revanche, la mixité socio-culturelle, le respect des différences de chacun et la diversité de chaque parcours sont valorisés. Les jeunes concernés ont souvent traversé des situations difficiles, des problèmes psychologiques et vivent parfois avec des moyens très réduits. Mais en évoluant dans un environnement stimulant et encadrés par des adultes bienveillants, on observe qu’ils prennent confiance en eux et en l’avenir. Le soin apporté à leur cadre de vie participe pleinement à cette philosophie : la beauté d’un cadre où l’art est présent inspire un sentiment d’importance, de respect et d’estime de soi.

Les trajectoires qui y naissent sont parfois spectaculaires. Certains jeunes sont passés d’une lourde médication à des études de haut niveau, dont une thèse de doctorat en physique ou des masters dans différentes disciplines universitaires. Beaucoup possèdent de réels talents mais sans suivi scolaire classique ou dans le cadre d’une école privée de jury central, il leur est impossible d’obtenir ce fameux CESS qui leur ouvre les portes à des formations supérieures. Face à cette situation et depuis 2023, grâce au soutien de généreux de parrains et marraines, Out of the Box se consacre désormais à préparer les jeunes aux épreuves du jury central tout en conservant son ADN et une accessibilité aux jeunes à faibles moyens : une pédagogie innovante et hors des sentiers battus où il ne faut jamais “assassiner Mozart” !

À qui s’adresse Out of the Box ?

Les candidatures affluent — entre 20 et 30 par jour — et reflètent une grande diversité de profils : genres et milieux, niveaux scolaires variés, personnalités introverties ou extraverties, parcours de vie très différents. Seuls les jeunes confrontés à des addictions sévères, à des troubles psychiatriques ou physiques trop lourds ne peuvent être accueillis, faute de compétences appropriées de l’équipe.

Chaque année, quelques places sont réservées à des mineurs étrangers non accompagnés, souvent ignorants des modèles belges et ne pratiquant pas le français. Mais dans le contexte « familial » de Out of the Box, ils sont perçus comme des modèles de résilience et de courage par les autres élèves.

La sélection se fait après une rencontre avec les proches, l’analyse d’un dossier de candidature et un entretien individuel. L’école ne dispose que de 30 places par an. Le minerval est adapté aux moyens de chaque famille, allant de 0 à 450 euros par mois. Le complément est financé par des parrains et marraines qui soutiennent les besoins pédagogiques du projet, sachant que les frais de fonctionnement sont entièrement assumés par la structure elle-même.

Bien qu’elle ne soit pas subsidiée, l’école est reconnue depuis 2023 par la Fédération Wallonie-Bruxelles comme projet pilote officiel de lutte contre le décrochage scolaire, ce qui permet aux jeunes d’y conserver leur statut d’élève à part entière.

Les parents jouent également un rôle essentiel dans la réussite du parcours. Tous les quinze jours, ils sont invités à participer à des ateliers de réflexion et de partage sur les questions liées à l’éducation et à leurs inquiétudes. Ces moments de partage se prolongent lors des bilans organisés deux fois par an pour chaque jeune. Une évaluation réciproque est analysée lors de ces bilans individuels et en présence des parents, car si l’école évalue les jeunes, les jeunes en évaluent également le fonctionnement.

Enfin, les pédagogues qui encadrent les jeunes sont sélectionnés selon leur ouverture d’esprit, leur flexibilité, leur bienveillance, leur humour et leur curiositéen en plus de leurs compétences dans la transmission de savoirs. Autrement dit, leur mission dépasse largement le cadre de l’enseignement : ils accompagnent, relancent, inspirent et ouvrent les jeunes à de nouvelles découvertes.

Que vous apporte ce projet ?

Depuis dix ans, voir tant de jeunes s’épanouir et se lancer dans la vie avec une énergie renouvelée correspond aux plus beaux cadeaux qu’on puisse recevoir. Ce qui me touche aussi et me motive, c’est de constater que les jeunes qui ont suivi le programme de Out of the Box, il y a parfois plusieurs années, reviennent souvent, nous font partager leurs succès et continuent à nous considérer comme des membres de leurs familles. 

Par ailleurs, ces jeunes nous obligent toujours à nous remettre en question, à nous adapter et à apporter toujours plus de créativité au programme, malgré les contraintes du jury central. Une excellente façon de ne pas vieillir trop vite !

Enfin, j’ai beaucoup de gratitude pour tous ceux qui nous entourent et nous aident à poursuivre ce projet qui répond à sa manière à un réel besoin social et sociétal.

Votre anoblissement/appartenance à la noblesse est-il/elle un atout, une charge ou un non-sujet ?

Chaque humain a besoin de reconnaissance et un anoblissement en est une. Même si elle était pour moi une vraie surprise, je l’ai acceptée avec émotion et fierté. Mais je ne pense pas que cela modifie ma manière de vivre, de penser et d’agir.

Quel message souhaitez-vous transmettre, notamment aux plus jeunes ?

En entrant dans un moule, on devient une tarte ! Autrement dit, même si vous vous sentez différent, n’essayez pas de ressembler à un autre que vous-même. Au contraire, entretenez votre différence, enrichissez-la et faites-en un véritable atout, sans perdre de temps.

Allez, en piste !

Nous remercions Catherine de Dorlodot pour cet interview



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