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Ils font le vin, ils vivent la vigne
2025 fut une année record pour le vin en Belgique : 350 vignerons ont récolté 4,3 millions de litres sur un millier d’hectares de vignes (source RTBF).
Présentation de la filière wallonne
Philippe de Potesta :Vanessa, pouvez-vous nous présenter l’Association des Vignerons de Wallonie dont vous êtes la présidente et nous parler des exigences imposées aux viticulteurs belges en comparaison avec d’autres pays ?
Vanessa Vaxelaire (Château de Bioul) :L’Association des Vignerons de Wallonie est une structure régionale qui rassemble les vignerons, petits et grands, actifs sur l’ensemble du territoire wallon. Créée il y a une vingtaine d’années, elle compte aujourd’hui environ 120 membres. Sa mission est de représenter, défendre et accompagner la filière viticole wallonne dans son développement.
Les viticulteurs belges font face à des exigences particulières. D’abord, notre climat froid et humide rend la conduite de la vigne plus complexe et exige une grande maîtrise technique, tant au vignoble qu’en cave. Ensuite, la jeunesse du vignoble belge implique des investissements récents et importants dans des outils modernes, ce qui constitue à la fois un avantage et une contrainte.
Enfin, la fiscalité représente un défi majeur : les droits d’accise en Belgique sont nettement plus élevés que dans de nombreux pays voisins. À titre d’exemple, sur une bouteille de vin effervescent, les accises dépassent 2 euros, créant un désavantage concurrentiel face à la France, l’Italie ou encore le Luxembourg.
Climat : opportunités et contraintes
Philippe de Potesta :Joëlle, quels sont les avantages et les difficultés rencontrés dans nos climats pour la culture de la vigne ?
Joëlle de Bonhome (Domaine Rocher Bayard) :Le réchauffement climatique ouvre de nouvelles perspectives pour la viticulture dans nos régions autrefois jugées trop fraîches, mais il amplifie aussi certains risques.
Avantages : une meilleure maturation des raisins grâce à la hausse des températures ; un climat tempéré qui conserve fraîcheur et acidité, favorable à la qualité des vins ; une pluviométrie globalement équilibrée limitant le stress hydrique.
Difficultés : une instabilité météorologique accrue ; des hivers plus doux entraînant un débourrement précoce et un risque de gel printanier ; une humidité favorisant les maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium, pourriture grise).
Bordeaux face aux défis contemporains
Philippe de Potesta :Jean-Marie, dans la région emblématique de Bordeaux, quelles sont les nécessités d’innover face aux défis du changement climatique et de l’évolution des marchés ?
Jean-Marie della Faille de Leverghem (Château Bonneau-Livran, Haut-Médoc) :Référence mondiale, le vignoble bordelais fait face à une crise sans précédent. Malgré une grande maîtrise technique des terroirs, la vulnérabilité climatique (gel, grêle) et la pression sanitaire persistent.
Le passage au bioraisonné, bien qu’essentiel, complexifie le travail avec des traitements moins rémanents. Le réchauffement climatique pousse les degrés alcooliques vers 13,5 à 14 %.
Le défi majeur reste cependant commercial : face à une offre mondiale abondante et à la baisse de la consommation d’alcool, Bordeaux doit se réinventer. La filière explore notamment les monocépages, les vins sans sulfites et les rosés.
Après des années de surproduction, l’arrachage massif actuel constitue une étape difficile mais nécessaire pour adapter l’offre au marché.
Formation en viticulture en Belgique
Philippe de Potesta :Pouvez-vous nous parler de la formation à la viticulture en Belgique ?
Nathalie Desclée de Maredsous ("Vignoble de Maharenne à Maredsous") :
En Belgique, deux formations certifiantes en science de la vigne et du vin sont proposées : l’une par la Haute École Condorcet en lien avec l’ULB, l’autre par l’IFAPME à Huy et Perwez. Elles alternent théorie et stages pratiques en vignoble.
Choix des cépages
Philippe de Potesta :Quels sont les choix des cépages à planter dans nos contrées ?
Nathalie Desclée ("Vignoble de Maharenne à Maredsous") Le choix des cépages se fait en deux étapes. D’abord, le porte-greffe est sélectionné en fonction du sol et de la vigueur souhaitée. Ensuite, le cépage est choisi selon le type de vin recherché (blanc, rouge, rosé, pétillant ou non).
Le climat joue également un rôle déterminant, notamment en raison des risques de gel.
Deux grandes familles se distinguent.
Cépages traditionnels : Chardonnay, Pinots… Bien connus mais sensibles aux maladies et nécessitant des traitements réguliers.
Cépages résistants (interspécifiques) : issus de croisements avec des cépages américains, ils sont naturellement résistants aux maladies et permettent de réduire fortement les traitements. Exemples : Johanniter, Souvignier Gris, Solaris, Muscaris.
Pratiques viticoles et contraintes
Philippe de Potesta :En viticulture, quelles sont les contraintes selon les pratiques ?
François-Hubert du Fontbaré de Fumal (Château Fumal) :En conventionnel, les solutions techniques sont plus nombreuses : le désherbage chimique est rapide et la lutte contre les maladies et les insectes plus simple.
En bio, la charge de travail est plus importante. La production est moins élevée, plus exigeante et plus risquée, notamment avec des cépages classiques comme le chardonnay, dans un climat humide où la pression des maladies est forte.
En biodynamie, les exigences sont encore accrues. Le travail suit les rythmes de la nature, nécessite environ 30 % de main-d’œuvre en plus et implique des coûts de certification élevés.
À Fumal, la certification bio a été abandonnée récemment après des pertes de récoltes en 2021 et 2024. Cela n’empêche pas de continuer à travailler de manière respectueuse : aucun désherbant ni insecticide n’est utilisé.
Nous remercions Philippe de Potesta pour cet interview.

