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François-Xavier Pinte : un parcours hors du commun
Les incendies qui ont frappé l’Europe ces derniers mois, notamment celui des Hautes Fagnes, rappellent que la Belgique n’est pas à l’abri des feux de forêt. Face à l’intensification de ces phénomènes et à la nécessité d’intervenir toujours plus rapidement, quels moyens notre pays doit-il mettre en place ? François-Xavier Pinte nous livre son regard sur les défis auxquels la Belgique devra se préparer.
François-Xavier s’est passionné très jeune pour l’aviation. Après une formation de pilote au Québec, il a travaillé dans l’aviation de ligne, puis effectué des missions d’ambulance aérienne et de ravitaillement dans des zones de conflit, notamment pour des programmes liés aux Nations unies et à des ONG. Il s’est ensuite spécialisé dans la lutte aérienne contre les incendies. Il pilote aujourd’hui des Q400 Fire Tankers au Canada et en Australie. Il est également formé comme expert du comportement du feu et instructeur sur avion-citerne.
L’incendie des Hautes Fagnes et les nombreux feux qui ont touché l’Europe cet été montrent que nos régions ne sont plus épargnées. Quels enseignements devons-nous tirer de ces événements ?
Il faut se rendre à l’évidence : la Belgique ne dispose pas encore d’une doctrine nationale cohérente pour faire face à ce nouveau risque. Nous n’avons aujourd’hui ni l’appui aérien nécessaire ni suffisamment de pilotes spécialement formés à la lutte contre les feux de forêt.
Nos pompiers au sol sont très compétents et bien équipés, mais les moyens aériens qui devraient soutenir leur action font encore défaut. Or ceux-ci sont indispensables pour ralentir la progression du feu et éviter qu’il ne prenne rapidement de l’ampleur.
Tu insistes sur la nécessité pour la Belgique de se préparer dès maintenant. Quelles devraient être les priorités : la formation, la coordination des secours, le choix des appareils ou encore la détection précoce des départs de feu ?
Une priorité serait de définir sur papier une doctrine nationale cohérente, validée par les autorités compétentes et partagée par l’ensemble des services concernés.
La mise en place d’une protection aérienne fiable et d’un niveau de compétence suffisant pourrait prendre près de cinq ans. La Belgique dispose d’excellents pilotes, mais la lutte aérienne contre les incendies est une discipline très particulière, qui exige une formation conséquente. La formation des pilotes et la coordination entre les équipages et les équipes au sol doivent donc commencer dès maintenant.
Tu évoques également la mise en place d’une “veille citoyenne”. En quoi consisterait-elle concrètement ?
Un départ de feu détecté et pris en charge dans les trente premières minutes a beaucoup plus de chances d’être maîtrisé.
Des pilotes volontaires d’ULM, de paramoteurs, de planeurs, d’hélicoptères ou de petits avions pourraient être formés à reconnaître un départ de feu et à le signaler immédiatement par un canal clairement défini. Ils deviendraient ainsi les yeux des services de secours.
Même si, en Belgique, les conditions les plus critiques se concentrent encore sur un nombre limité de journées par an, la sensibilisation et la formation de ces observateurs permettraient d’augmenter considérablement nos capacités de détection.
Tu expliques qu’un Canadair ne serait pas nécessairement la solution la plus adaptée à la Belgique. Quels moyens aériens faudrait-il privilégier dans notre pays et, plus largement, dans le nord de l’Europe ?
Le Canadair doit pouvoir écoper sur une étendue d’eau suffisamment longue, dégagée et située à proximité de l’incendie. Les possibilités sont très limitées en Belgique. Les lacs de l’Eau d’Heure pourraient éventuellement convenir, mais uniquement pour des feux situés dans leur voisinage.
Il faudrait plutôt disposer d’avions terrestres capables de larguer du retardant, ainsi que d’hélicoptères bombardiers d’eau pouvant intervenir rapidement sur les départs de feu. Ces moyens aériens n’ont pas vocation à remplacer les pompiers au sol, mais à soutenir leur action et à limiter l’extension de l’incendie.
Une mutualisation européenne existe déjà. Faudrait-il aller plus loin et mieux l’adapter aux besoins des pays du nord de l’Europe ?
Oui. Les moyens actuellement mutualisés ont été principalement pensés pour les réalités des pays méditerranéens ou des régions disposant de grandes étendues d’eau. Or les besoins de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Allemagne ou de la Pologne sont différents.
La France dispose, par exemple, de Dash 8 QR400, des avions terrestres capables de larguer du retardant et qui ne dépendent donc pas d’un plan d’eau pour se ravitailler. Une mutualisation plus large devrait porter non seulement sur les appareils, mais également sur les compétences, la formation des pilotes et la coordination des équipes.
La solution idéale ne repose donc pas sur un appareil unique, mais sur la complémentarité des moyens : des hélicoptères bombardiers d’eau pour intervenir rapidement, des avions terrestres capables de larguer du retardant, une détection plus précoce, des équipes spécialement formées et une coordination renforcée avec les pays voisins.
François-Xavier nous fera l’honneur d’approfondir ce sujet brûlant lors de son prochain passage en Belgique. Il donnera une conférence au cours de laquelle il partagera son expérience de pilote d’avion-citerne au Canada et en Australie et nous fera découvrir le quotidien et les missions des équipages qui, depuis les airs, luttent contre les feux de forêt.

