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Charles d’Orjo de Marchovelette, au service du rayonnement de l’Abbaye de Maredsous
Charles d’Orjo de Marchovelette est le directeur général de l’ASBL Abbaye de Maredsous et le premier CEO laïc de son histoire. Ancien cadre dirigeant chez Unilever, il a passé douze ans à l’international avant de revenir en Belgique pour prendre en main l’une des institutions spirituelles, patrimoniales et touristiques les plus emblématiques du pays. Entre respect des valeurs bénédictines et impératifs économiques, il orchestre aujourd’hui une transformation en profondeur.
Philippe de Potesta : Pourquoi après une carrière internationale, avez-vous choisi de gérer l’abbaye où vous avez été élève ?
Charles d’Orjo :
Après douze années passées chez Unilever, entre la Suisse, la Suède et les Pays-Bas, j’ai souhaité rentrer en Belgique pour des raisons personnelles, mais aussi pour donner davantage de sens à mon parcours professionnel. Je cherchais un nouveau job dans une organisation à taille humaine, centrée sur la Belgique et porteuse de valeurs et d’impact.
L’Abbaye de Maredsous s’est imposée assez naturellement. C’est avant tout un lieu spirituel majeur, porté par une communauté d’une vingtaine de moines bénédictins, avec une histoire, une âme et une mission qui lui donnent une richesse tout à fait particulière. J’y ai été élève et j’ai toujours gardé un attachement très fort à ce lieu, à son esprit et à ce qu’il représente.
Mais au-delà de cette dimension personnelle et spirituelle, l’Abbaye de Maredsous est aussi une marque extrêmement forte en Belgique, connue à travers ses fromages, ses bières et ses spiritueux. C’est également un site qui accueille plus de 650.000 visiteurs par an et qui emploie jusqu’à 200 personnes en haute saison. Avec nos fournisseurs et partenaires, nous générons aussi beaucoup d’emplois indirects dans la région.
On est donc à la croisée de l’économie locale, du patrimoine et du spirituel, et cette combinaison est assez unique. C’est une position où l’on peut réellement avoir un impact économique, social, culturel et patrimonial, tout en restant fidèle aux valeurs et à l’âme du lieu.
Philippe de Potesta : En quoi votre expérience passée en entreprise vous aide-t-elle au quotidien dans la gestion de l’abbaye ?
Charles d’Orjo :
Mon parcours m’aide surtout sur le plan de la gestion. Chez Unilever, j’ai travaillé dans différents métiers – le marketing, les ventes, puis la supply chain – avant de devenir directeur général pour la division Home Care dans les pays Nordiques. C’est là que j’ai vraiment appris ce que signifie piloter une organisation dans son ensemble : définir une vision, construire une feuille de route, fixer des priorités, piloter la gestion financière, fédérer les équipes et s’entourer des bonnes compétences.
À Maredsous, même si le cadre est très particulier et différent, on retrouve en réalité tous les défis d’une PME traditionnelle : gouvernance, ressources humaines, gestion budgétaire, coordination de nombreuses activités très différentes. Nous gérons un centre d’accueil, des restaurants, une microbrasserie, des visites guidées, une boulangerie, une hôtellerie, une fromagerie, une distillerie, un atelier de céramique, un collège… C’est un ensemble assez complexe à orchestrer. Mon expérience me permet d’apporter une structure, de professionnaliser certains processus et de moderniser la gouvernance, tout en veillant à respecter profondément l’identité et les valeurs bénédictines du lieu.
Philippe de Potesta : Quels sont actuellement les défis à relever pour l’abbaye et son site ?
Charles d’Orjo :
Le premier grand défi est évidemment la préservation du patrimoine. Le site est immense, magnifique, mais aussi extrêmement coûteux à entretenir. Nous parlons de plus de 1,6 million d’euros de frais d’entretien par an, auxquels s’ajoutent environ 300.000 euros de coûts énergétiques. C’est une charge structurelle très lourde.
Le deuxième défi est l’équilibre économique. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’abbaye de Maredsous n’est pas riche. Nos activités nous permettent tout juste d’atteindre l’équilibre. Or, notre mission n’est pas de faire du profit, mais de faire rayonner le projet spirituel et culturel de Maredsous, d’accueillir le public, de soutenir la vie monastique et de préserver le patrimoine. Pour y parvenir durablement, nous devons renforcer notre efficacité opérationnelle et réfléchir à de nouveaux axes de développement.
Il y a enfin un défi humain et organisationnel : faire travailler ensemble des moines et des laïcs, moderniser la gouvernance, gérer une forte saisonnalité et maintenir un très haut niveau d’accueil. Tout cela doit se faire sans jamais perdre de vue nos valeurs fondamentales, comme l’accueil et le tourisme social et familial.
Philippe de Potesta : La remarquable basilique de Maredsous a fait l’objet de différents articles de presse ces derniers temps. Pouvez-vous m’en expliquer les raisons ?
Charles d’Orjo :
La basilique Saint-Benoît n’avait jamais eu de rénovation majeure depuis sa construction à la fin du XIXe siècle. Le nouveau Père Abbé a donc lancé un projet majeur baptisé « Basilique 2030 », qui prévoit une restauration en profondeur des toitures, des façades et des fenêtres. Le budget dépasse les 2,5 millions d’euros.
La difficulté est que la basilique n’est pas classée, ce qui signifie qu’il n’y a, en principe, pas ou peu de subsides publics. Nous avons donc dû innover pour financer ce chantier. Nous avons noué un partenariat avec la Fondation Roi Baudouin pour organiser une levée de fonds, et nous avons aussi lancé une nouvelle bière, la Maredsous « Basilique », en collaboration avec Duvel Moortgat. L’intégralité des bénéfices de cette gamme est reversée au projet de rénovation. D’autres initiatives culturelles et événementielles complètent cet effort.
Ce projet est fondamental. Il ne s’agit pas seulement de restaurer un bâtiment, mais de préserver le cœur de l’abbaye et un symbole majeur du patrimoine spirituel, culturel et architectural de la Belgique pour les générations futures.
En souhaitant bonne chance à Charles d’Orjo de Marchovelette pour la suite de sa mission, je le remercie chaleureusement pour sa disponibilité et cet échange passionnant.
Philippe de Potesta
